mardi 20 novembre 2007

Le président à le sens de l’humour


Une fois de plus il fait parler de lui.
Cette fois, ce ne sont pas ses insultes où ses annonces fracassantes qui le propulsent en une des journaux. Non, aujourd’hui, Hugo Chávez, le charismatique président vénézuélien s’est rendu célèbre pour avoir fait sortir de ses gonds Juan Carlos, l’auguste roi d’Espagne pourtant cantonné à un rôle symbolique lors des sommets internationaux.
La scène s’est passée début novembre, à Santiago du Chili pendant un congrès ibéroaméricain réunissant les chefs d’Etat d’Amérique latine et de la péninsule ibérique. Le « Porqué no te callas ? ! » de Juan Carlos 1er à l’égard d’un Chávez qui ne pouvait contenir son flot de paroles restera désormais célèbre. Chávez, dans une diatribe anti José Maria Aznar, avait qualifié l’ancien chef du gouvernement espagnol de fasciste, ce qui lui a valu des protestations de Zapatero « exijo respeto » lui a-t’il lancé en lui rappelant qu’Aznar avait été élu démocratiquement. Le président vénézuélien a alors continué à s’adresser à Zapatero, micro fermés, ce qui lui a valu cette incartade de Juan Carlos exaspéré par ce chef d’Etat bavard, qui n’hésite pas à prendre l'antenne pendant 8h au cours de son émission dominicale le dimanche à la télé publique vénézuélienne.
Ces dernières années, le chantre de la révolution bolivarienne a régulièrement utilisé les sommets internationaux pour provoquer des incidents diplomatiques par un sens de l’humour assez développé, qui contraste avec les politesse habituelles de ce type de réunions.
L’insolence de ses victoires électorales y de ses exportations pétrolières millionaires grâce à un barril à 100 dollars met Chávez en position de force politiquement. D'autant qu'il est loin d'être isolé politiquement sur un continent qui a basculé à gauche, sinon dans la social démocratie.
Les colonnes de la presse internationale fourmillent d’expression racistes et méprisantes à l’égard de Chávez, qui, qu’on le veuille ou non, a été réélu au cours de plusieurs scrutins par les vénézuéliens depuis son arrivée au pouvoir en 1999.
Un éditorialiste français, (Alexandre Adler) du très respectable Figaro l’a même traité en 2004 de « gorille » et « d’antisémite populiste », probablement influencé par la presse vénézuélienne très anti-chaviste et qui n’hésite pas non plus à employer des comparaisons simiesques pour parler de Chávez.
Evidemment, Chavez ne cultive pas l'apaisement.
Mais il est vrai que ses yeux en amande, ses lèvres épaisses et son teint mate rappellent le métissage séculaire du Venezuela, et contraste avec l’idéal physique élitiste véhiculé par les publicités de beaucoup de grandes marques arborant des blondes aux yeux bleus sur des 4 par 3 dans les rues de nombreuses capitales latinoaméricaines.
Ceux qui s’imaginent que l’Amérique latine est un continent lointain et tropical où la vie politique n’est rythmée que par des révolutions verront facilement en Chávez un caudillo agité et mal élevé. Il faut dire que le dirigeant sud américain ne s’embarrasse pas de l’étiquette diplomatique. En septembre 2006, au cours d’un discours en session plénière à l’ONU, il traite de Bush de Diable. En mars 2007 en Argentine, en marge d’une visite de George Bush, Chávez fait traiter le président américain de « fils de pute » par une foule. Et après l’incident de Santiago, Chávez a déclaré à la presse que le « monsieur le roi » ne le fera pas taire avant de conclure : « Le roi était comme un taureau, je ne suis pas torero mais Olé ! ».
Peut-être pas torero,Chavez a tout de même le goût du risque et le manteau rouge du matador.
 

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