samedi 4 juillet 2009

L'insurrection qui vient !

Comme un petit manuel d’anarchisme contemporain, l’Insurrection qui vient mélange le style assertif des tracts autonomes et la distance critique. « Le présent est sans issue », ainsi débute cet ouvrage signé d’un mystérieux « Comité invisible ». Sujet-verbe-complément s’étirent sur plusieurs pages du début de ce livre qui ferait partie du faisceau de preuves retenues contre Julien Coupat, l’un des neuf de Tarnac arrêté en novembre 2008 et soupçonné d’avoir saboté des lignes TGV. La ressemblance de registre entre l’Insurrection qui vient et le témoignage de Coupat publié dans le journal Le Monde quelques temps avant sa libération conditionnelle est en effet frappante, même s’il est bien inquiétant de se voir reproché l’écriture d’un livre contre l’Etat.

Impossible de rester indifférent
à ce livre qui jette un regard apocalyptique sur l’état de la société française. Les liens sociaux, la solidarité, les individus ont disparu ou sont en voie d’extinction face à la domination du marché et de l’Etat et le travail est la dernière valeur universelle, preuve de notre avilissement sans retour au salariat.


Comment ne pas reconnaître une certaine part de vérité dans le tableau de «tous ceux qui vivent d’arnaques diverses, de trafics en tout genre (…), de tous les placardisés, tous les planqués, tout ceux qui en font le minimum et qui sont un maximum » parce que même le travail ne représente plus rien pour eux ? Un livre chiant ? Non. Les 125 pages de ce petit essai passent vite grâce à la pincée d’ironie caustique qui permet à l’ouvrage de ne pas être uniquement un tract relié. Certains passages paraissent même écrits par un psychanalyste désabusé, jugez-en : « La quête de soi, mon blog, mon appart, les dernières conneries à la mode, les histoires de couple, de cul…ce qu’il faut de prothèses pour faire tenir un Moi ! ». Le rire est ici au service de la démonstration de l’absurdité destructrice de l’état des choses : « Un flic dans un lit d’hôpital qui se plaint d’avoir été victimes de ‘violences’ (…). Cette époque excelle dans un certain grotesque de la situation qui semble à chaque fois lui échapper ».


Tout y passe, l’immigration, l’élitisme républicain, la surveillance policière l’entreprise, les syndicats et les centres-villes, ces « îlots de féérie marchande ». Chacun en prend pour son grade sur ce vaste tribunal anarchiste qu’est ce brûlot au titre prophétique. Dans les dernières pages, on fait l’éloge du blocage des réseaux qui maintiennent sous perfusion notre existence moderne : les routes, les ponts, les lignes à grand vitesse, tout en ayant conscience qu’il devient difficile de se nourrir « lorsque tout est paralysé ». Les insurrections d’Oaxaca, l’incendie des banlieues françaises, le mouvement contre le CPE ou les piqueteros argentins sont érigés en modèles de ce que doit être notre avenir politique pour nous sauver du marasme : les communes, condition nécessaire de l’insurrection pour reprendre ce qu’on a cédé de notre individualité au corps social contrôlé, surveillé et standardisé.


Ce livre peut provoquer deux types de peurs. Le citoyen –c’est un peu le cas de l’auteur de cet article- assis sur ces certitudes d’ordre démocratique et individualiste aura probablement un sursaut de conscience en lisant l’Insurrection qui vient. Et puis il y a l’autre peur, celle du présentateur de Fox news qui brandit l’ouvrage comme un épouvantail contre « our economy ! ».

mardi 28 avril 2009

Du changement !

Une mauvaise nouvelle, et une bonne. On commence par la première. Je vais délaisser ce blog et publier beaucoup moins de posts. Pourquoi ? Là on arrive à la bonne nouvelle.
Je vous présente Americagora.com. Œuvre d'Emilie et moi-même, avec l'aide de toute la clique latinophile de Paris. Voici notre site sur l'actu latino-américaine. Tout simplement parce qu'il n'y en avait pas jusqu'à maintenant, et que mon blog n'avait qu'une audience encore trop confidentielle. Americagora est en français pour l'instant, bilingue dans quelques temps. On y mettra des articles, des vidéos, du son, des blogs pour montrer une Amérique latine dans sa diversité, parler des choses jamais traitées dans les médias français. Toutes les contributions sont les bienvenues !

Viva Americagora !!


dimanche 29 mars 2009

Un journal délocalise sa production d'articles

Après tout, l'information est une marchandise comme une autre, non ? C'est avec ce raisonnement que le directeur d'un journal californien a licencié ses journalistes américains pour embaucher des Indiens. Le desk de son journal a donc été délocalisé à 13.000 km où le feuillet est payé 7 euros.

L'info vient du NY Times, d'un article de la chroniqueuse Maureen Dowd qui s'inquiète de voir sa prochaine chronique sur Barack Obama rédigée par un habitant de Bangalore.

Le seul moyen de lutter contre cette délocalisation ? Produire une information originale et être sur le terrain pardi !

samedi 28 mars 2009

Je suis, vous êtes, nous sommes des terroristes

-Attention lecteur, ce billet te démontreras par A+B que tu es un délinquant-

Rappelez-vous en novembre dernier, 9 personnes d'une trentaine d'années étaient arrêtées à grand renfort de policiers encagoulés. Cela se passait dans une ferme de Tarnac, un petit village de Corrèze où ces amis vivaient en collectivité. Ils ont été mis en examen pour "des destructions et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Concrètement on leur reproche d'être responsables des sabotages de câbles de lignes de TGV qui ont occasionné de nombreux retards, des sabotages qui ont été finalement revendiqués en Allemagne.

Aujourd'hui, 8 de ces 9 personnes ont été mises en liberté conditionnelle, le juge estimant qu'il n'étaient pas dangeureux pour la société. Seul le 9e, Julien Coupat, considéré par les autorités comme le dangereux gourou de cette " cellule anarcho-autonome" comme l'a qualifié Michèle Alliot-Marie sur la base d'information du Renseignement Intérieur, est encore retenu.

Quelles sont les charges qui pèsent contre eux ?
-avoir manifesté à Vichy contre le sommet sur l'Immigration
-avoir franchi clandestinement la frontière Canada-USA pour participer à une manifestation altermondialiste
-pour Julien Coupat et Yidlune Lévy, s'être stationné près d'une ligne TGV en rase campagne.
-Pour Julien Coupat: détenir un manuel de fabrication de bombe sur son ordinateur ainsi qu'un livre anarchiste.
-Un témoignage sous X qui accuse Coupat d'être un "gourou quasi-sectaire".

Autrement dit comme le constate l'excellent enquête du journal Le Monde, "Le dossier a beau être dense, il ne contient ni preuves matérielles ni aveux, et un seul témoignage à charge, sous X, recueilli le 14 novembre".

Si l'on s'en tient à ces accusations, nombre d'entre nous -dont l'auteur de ces lignes- pourrions tomber sous le coup d'une accusation de délit de terrorisme .

Je possède en effet-pour m'intéresser à des mouvements rebelles dont je ne citerai pas le nom- de la littérature "subversive", en France comme à l'étranger j'ai participé à des manifestations de gauche avec des amis, ce qui est assimilé par la Direction anti-terroriste à entretenir des " des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l'étranger". Par ailleurs, il m'arrive de passer à proximité de lignes TGV, mais Dieu merci, je n'ai pas la réputation d'être un gourou sectaire. Ouf.

Le 2 avril, les avocats des neuf mis en examen tiendront une conférence de presse sur l'"affaire de Tarnac" au siège de la Ligue des droits de l'Homme à Paris.
 

blogger templates | Make Money Online