Impossible de rester indifférent à ce livre qui jette un regard apocalyptique sur l’état de la société française. Les liens sociaux, la solidarité, les individus ont disparu ou sont en voie d’extinction face à la domination du marché et de l’Etat et le travail est la dernière valeur universelle, preuve de notre avilissement sans retour au salariat.
Comment ne pas reconnaître une certaine part de vérité dans le tableau de «tous ceux qui vivent d’arnaques diverses, de trafics en tout genre (…), de tous les placardisés, tous les planqués, tout ceux qui en font le minimum et qui sont un maximum » parce que même le travail ne représente plus rien pour eux ? Un livre chiant ? Non. Les 125 pages de ce petit essai passent vite grâce à la pincée d’ironie caustique qui permet à l’ouvrage de ne pas être uniquement un tract relié. Certains passages paraissent même écrits par un psychanalyste désabusé, jugez-en : « La quête de soi, mon blog, mon appart, les dernières conneries à la mode, les histoires de couple, de cul…ce qu’il faut de prothèses pour faire tenir un Moi ! ». Le rire est ici au service de la démonstration de l’absurdité destructrice de l’état des choses : « Un flic dans un lit d’hôpital qui se plaint d’avoir été victimes de ‘violences’ (…). Cette époque excelle dans un certain grotesque de la situation qui semble à chaque fois lui échapper ».
Tout y passe, l’immigration, l’élitisme républicain, la surveillance policière l’entreprise, les syndicats et les centres-villes, ces « îlots de féérie marchande ». Chacun en prend pour son grade sur ce vaste tribunal anarchiste qu’est ce brûlot au titre prophétique. Dans les dernières pages, on fait l’éloge du blocage des réseaux qui maintiennent sous perfusion notre existence moderne : les routes, les ponts, les lignes à grand vitesse, tout en ayant conscience qu’il devient difficile de se nourrir « lorsque tout est paralysé ». Les insurrections d’Oaxaca, l’incendie des banlieues françaises, le mouvement contre le CPE ou les piqueteros argentins sont érigés en modèles de ce que doit être notre avenir politique pour nous sauver du marasme : les communes, condition nécessaire de l’insurrection pour reprendre ce qu’on a cédé de notre individualité au corps social contrôlé, surveillé et standardisé.
Ce livre peut provoquer deux types de peurs. Le citoyen –c’est un peu le cas de l’auteur de cet article- assis sur ces certitudes d’ordre démocratique et individualiste aura probablement un sursaut de conscience en lisant l’Insurrection qui vient. Et puis il y a l’autre peur, celle du présentateur de Fox news qui brandit l’ouvrage comme un épouvantail contre « our economy ! ».
