vendredi 29 avril 2011
Où me retrouver ?
Vous pouvez me retrouver sur une nouvelle plateforme: le blog Au cœur du Mexique, que j'alimente sur Mediapart.
Et tous mes reportages sont en lien sur le site du collectif de pigistes Passeport pour l'info. C'est ici.
Sur twitter: @raphamoran
Au plaisir,
Raphaël.
dimanche 9 janvier 2011
Année 2010: un an de reportages et de chroniques
Voici une sélection de quelques articles, chroniques et reportages réalisés par votre serviteur durant l'année écoulée.
Raphaël.
>Décembre 2010: -Médiapart-Reportage dans la sierra de Oaxaca, Mexique. Cliquer sur l'image pour lire l'article.

>Novembre 2010: -Médiapart-Les mystérieux assassinats de journalistes au Mexique:

>Ocobre 2010: -Le Grand Journal du Mexique- Découverte de René Mey, gourou français au Mexique (reportage avec Nicolas Quirion et Emilie Goetthals).

>Septembre 2010 - Blog Médiapart- Plongée dans le quotidien de la bourgeoisie mondialisée coupée de la réalité sociale. Cliquer sur l'image.

>Août 2010: -Sur le blog- Chronique de Cuba. Cliquer sur la photo.
>Juillet 2010: -Proceso-Les jeunes esclaves du ballon de foot/ Los esclavos del balón. Hacer clic en la foto para leer la nota.

>Juillet 2010- Youphil.com- Rencontre avec James, qui vit dans un pont de Paris.

>Juin 2010 - Youphil.com- Les "Bleus" de la rue.

>Mai 2010: - Hors série de Grand Prix magazine- Ourasi, cheval de légende, et Les chevaux durant la conquête du Mexique.

>Janvier 2010: Reportage au squat de l'association Jeudi Noir, dans un hôtel particulier inoccupé de la Place des Vosges à Paris. (En espagnol). Cliquer ici.

vendredi 3 septembre 2010
Lettre de Cuba, août 2010
Juste derrière, une cuisine, ouverte sur le patio. Sur le robinet, deux perroquets, Lala et Lula, au regard inquiétant. Ils donnent des coups de becs dès que j’essaye de faire couler l’eau. Une ombre glisse sur le sol. C’est « Aparecida » une grosse tortue qui attrape presque à la volée les morceaux de viande que lui donne Carlos, notre hôte, écarlate, apparemment éprouvé par la préparation des langoustes.
Dans la grande pièce (70m² tout de même), qui donne sur la place principale, dorment un chien et un chat au pied des fauteuils à bascule. Malgré l’obscurité on devine des vieux transistors, réparés par le grand-père lorsqu’il ne gît pas sur son lit aux heures chaudes. Il y a aussi un magnifique secrétaire importé d’Espagne, en d’autres temps. Dessus, une Remington rouillée. Et dans le reste de la pièce : des statuettes religieuses, dont cet ange qui me salue lorsque je referme le lourd portail de la maison.
Carlos travaille aux musées des beaux-arts de Trinidad. Il rappelle fièrement que ses descendants sont parmi les premiers Espagnols à s’être installés sur l’île… Seules les images de la télévision –le présentateur est habillé comme dans Good Bye Lenin, il récite des brèves sur les « républiques sœurs » d’Amérique du sud- nous tirent de cette langueur tropicale et coloniale. A quoi bon. Ici on ne gagne rien à travailler plus… Il n’y a de toute façon pas d’engrais pour faire pousser les haricots.
La quantité de gens qui attendent sur le pas de leur porte est effrayante. On joue au domino, on se raconte les derniers ragots, on achète quelques avocats ou l'on ne fait tout simplement rien. Les cuisiniers de la chaîne de fast-food « Rápido » mettent 20 minutes pour préparer un hamburger au steack de cerf. Les paysans labourent leur champ grâce à des zébus. Et sur le bord de l’autoroute, on « tond » l’herbe à la machette.
Les femmes terminent leur phrases en vous donnant du « mi amor » du « cariño » (mon chéri) lorsque vous leur demandez votre chemin.
Je quitte ce décor digne d’un roman de García Márquez en taxi. Arnaldo nous conduit dans une voiture grise qui appartient à l’Etat. « Ici tout appartient à l’Etat, à Fidel ! ». Rires.
Caps sur un atoll du nord de l’île, le Cayo Santa María. Une entreprise espagnole y a ouvert plusieurs hôtels « tout inclus », contre le versement de 51% des bénéfices à l’Etat. Le secret de la formule ? La nuit d’hôtel coûte 140 euros, le salaire mensuel d’un employé, 25 !
Retour vers La Havane dans le bus des employés de l’hôtel. Je me fait tout petit lorsqu'un policier à la carrure d'une armoire à glace monte dans le bus. Les touristes n'ont rien à faire avec les employés, le chauffeur a fait une faveur. Mais le policier ne dit rien. Les passagers s'agitent: on boit du rhum, on fume en cachette. On drague, on s’embrasse. Les blagues fusent, totalement incompréhensibles. Et pourtant on parle espagnol.
Changement de décor en arrivant dans la capitale. On traverse un paysage urbain colonial en ruines, le quartier de Centro Habana, pour arriver dans le quartier plus moderne du Vedado. Un ami mexicain me loge dans un immense immeuble vert et blanc aux allures de livre ouvert. Une construction des années 1950 qui n’est pas sans rappeler la Cité Radieuse. A la Révolution, l’Etat n’a pas exproprié les familles qui vivaient dedans, mais beaucoup sont parties. Il y a quelques temps, on a accueilli ici les compañeros Vénézuéliens qui venaient se faire soigner. Le dernier étage est inaccessible, réservé aux antennes militaires…
Du 18e étage, les vieilles voitures américaines ont l’air de jouets. Au loin, près du bord de mer, l’immeuble – très soviétique !- des « intérêts américains » (les Etats-Unis n’ont officiellement pas d’ambassade) fait face à une marée de piliers blancs de dizaines de mètres de hauteur. Ils étaient surmontés de drapeaux destinées à masquer l’écran de l’ambassade où les Américains diffusaient de la « contre propagande ». Obama y a mis fin.
J’entame la discussion avec cet ami mexicain. Journaliste lui aussi. Il se sent bien à Cuba. Il y a trouvé une femme, qui devint vite la mère de sa fille. Pour ce journaliste qui s’est formé sur le tas, Cuba est un rêve. Ici, on a la santé, l’éducation et la culture gratuites. L’alimentation est garantie. L’insécurité n’existe pas. L’inverse du Mexique, me fait-il comprendre. Oui, il déplore les arrestations, la police tout ça. Mais bon…Dans son pays il n’aurait pas eu les moyens de faire soigner sa fille atteinte d’une grave maladie. « Ici, le système est humainement plus juste ».
La chaleur est supportable grâce aux nuages qui s’accumulent dans le ciel havanais. Je déambule en marcel –seul vêtement possible- dans le cimetière de Colomb construit au 19e siècle. Un air de Père Lachaise. Sauf que les marronniers sont des fromagers. A l’entrée, la veille Marta aux yeux adorables me raconte des histoires insolites de quelques défunts. Sur telle tombe, les enfants ont fait graver un jeu de domino en souvenir de la passion de leur mère, décédée, selon ouïe-dire, d’une apoplexie lorsqu’elle perdit pour la première fois une partie de dominos après avoir été invaincue des dizaines d’années. Sur une autre sépulture, les bustes de Modesto et Margarita. Margarita, bien que de 23 ans la cadette de Modesto, est partie la première, au début du siècle dernier. Alors tous les jours, Modesto est venu jouer les morceaux de violons préférés de sa dulcinée. Jusqu’au jour où lui aussi a été emporté. Aujourd’hui, leur épitaphe nous enveloppe d'un amour à l’eau de rose :
"Aimable passant :
Échappe-toi un temps de ce monde ingrat et dédie une pensée d’amour et de paix à ces deux êtres dont la félicité terrestre a été emportée par le destin, et dont les restes mortels reposent pour toujours dans cette sépulture, conformément à leur serment sacré. Nous te remercions depuis l’éternel. Margarita y Modesto.”
Il n'en faut pas plus pour nous transporter dans le patio de Margarita et Modesto, à trier les grains de riz dans la brise chaude d’une après-midi d’été tropical…
samedi 4 juillet 2009
L'insurrection qui vient !
Impossible de rester indifférent à ce livre qui jette un regard apocalyptique sur l’état de la société française. Les liens sociaux, la solidarité, les individus ont disparu ou sont en voie d’extinction face à la domination du marché et de l’Etat et le travail est la dernière valeur universelle, preuve de notre avilissement sans retour au salariat.
Comment ne pas reconnaître une certaine part de vérité dans le tableau de «tous ceux qui vivent d’arnaques diverses, de trafics en tout genre (…), de tous les placardisés, tous les planqués, tout ceux qui en font le minimum et qui sont un maximum » parce que même le travail ne représente plus rien pour eux ? Un livre chiant ? Non. Les 125 pages de ce petit essai passent vite grâce à la pincée d’ironie caustique qui permet à l’ouvrage de ne pas être uniquement un tract relié. Certains passages paraissent même écrits par un psychanalyste désabusé, jugez-en : « La quête de soi, mon blog, mon appart, les dernières conneries à la mode, les histoires de couple, de cul…ce qu’il faut de prothèses pour faire tenir un Moi ! ». Le rire est ici au service de la démonstration de l’absurdité destructrice de l’état des choses : « Un flic dans un lit d’hôpital qui se plaint d’avoir été victimes de ‘violences’ (…). Cette époque excelle dans un certain grotesque de la situation qui semble à chaque fois lui échapper ».
Tout y passe, l’immigration, l’élitisme républicain, la surveillance policière l’entreprise, les syndicats et les centres-villes, ces « îlots de féérie marchande ». Chacun en prend pour son grade sur ce vaste tribunal anarchiste qu’est ce brûlot au titre prophétique. Dans les dernières pages, on fait l’éloge du blocage des réseaux qui maintiennent sous perfusion notre existence moderne : les routes, les ponts, les lignes à grand vitesse, tout en ayant conscience qu’il devient difficile de se nourrir « lorsque tout est paralysé ». Les insurrections d’Oaxaca, l’incendie des banlieues françaises, le mouvement contre le CPE ou les piqueteros argentins sont érigés en modèles de ce que doit être notre avenir politique pour nous sauver du marasme : les communes, condition nécessaire de l’insurrection pour reprendre ce qu’on a cédé de notre individualité au corps social contrôlé, surveillé et standardisé.
Ce livre peut provoquer deux types de peurs. Le citoyen –c’est un peu le cas de l’auteur de cet article- assis sur ces certitudes d’ordre démocratique et individualiste aura probablement un sursaut de conscience en lisant l’Insurrection qui vient. Et puis il y a l’autre peur, celle du présentateur de Fox news qui brandit l’ouvrage comme un épouvantail contre « our economy ! ».
